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Multivitamine : bienfaits, dosage et risques documentés

Une multivitamine combine 10 à 30 micronutriments à doses nutritionnelles : ce guide synthétise la composition, les dosages utiles, les bénéfices documentés, les risques et les profils pour lesquels la supplémentation est réellement justifiée.

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7Sections
16 minLecture
Dernière mise à jour : mai 2026 — Prochaine révision : novembre 2026

Résumé immédiatà retenir

Une multivitamine réunit 10 à 30 micronutriments à doses nutritionnelles. Son utilité est réelle en cas de carence, de grossesse ou après 65 ans, mais son bénéfice global sur la mortalité et le risque cardiovasculaire reste non démontré chez l’adulte bien portant : elle complète l’alimentation sans la remplacer.

Faits clés & entités

Cognition après 65 ansL’essai COSMOS-Mind (sur 3 ans) montre un ralentissement du déclin cognitif équivalent à 1,8 année gagnée.
Cancer total chez l’hommeL’étude PHS II (près de 15 000 hommes) rapporte une réduction modeste de 8 % de l’incidence du cancer total.
Effets non démontrésAucun effet sur la mortalité toutes causes ni sur les événements cardiovasculaires (méta-analyses, 600 000 participants).
Limites de sécurité EFSA3 000 µg ER/jour pour la vitamine A préformée, 100 µg/jour pour la vitamine D, 40 mg/jour pour le fer (niveau de sécurité).

Points essentiels

  • 16,8 % des Suisses adultes de 35 à 75 ans consomment une multivitamine (étude lausannoise CoLaus, plus de 6 000 participants).
  • Les grandes méta-analyses ne retrouvent aucun effet sur la mortalité toutes causes.
  • L’essai COSMOS-Mind montre un gain cognitif équivalent à 1,8 année chez les adultes de 65 ans et plus.
  • Une formule prénatale à 400-800 µg d’acide folique réduit le risque d’anomalies du tube neural (USPSTF grade A).
  • L’OASM (RS 817.022.32) encadre les quantités de vitamines et minéraux autorisées en Suisse ; 32,7 % des produits analysés à Lausanne apportaient moins de 15 % de l’AJR en magnésium.
  • Les vitamines liposolubles (A, D, E, K) s’accumulent dans le foie : respecter les limites de sécurité et ne pas cumuler plusieurs compléments.
Section 01

Qu’est-ce qu’une multivitamine ?

Une multivitamine est un complément alimentaire combinant au moins trois vitamines et un minéral, formulé pour apporter des doses proches des apports journaliers de référence (AJR) plutôt que des doses thérapeutiques élevées. Les formules commerciales typiques contiennent entre 10 et 30 micronutriments, présentés sous forme de comprimés, gélules, capsules, poudres ou ampoules liquides.

Assortiment de comprimés, gélules et poudres multivitaminés à côté de fruits et légumes frais
Cette formule réunit plusieurs vitamines et minéraux en une seule prise quotidienne.

Définition technique

La législation suisse, via l’ordonnance OASM (RS 817.022.32, état 1er juillet 2020), encadre les quantités minimales et maximales autorisées dans chaque formule mise sur le marché. Cette définition distingue clairement ce produit d’un médicament : il vise une couverture nutritionnelle de base, non un effet pharmacologique.

Vitamines et minéraux le plus souvent inclus

Les formules standard apportent toutes les vitamines hydrosolubles du groupe B (B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, B12), la vitamine C, ainsi que les quatre vitamines liposolubles A, D, E et K. Sur le versant minéral, les compositions varient davantage : fer, zinc, magnésium, calcium, sélénium, iode et cuivre sont les plus fréquents. Les écarts entre marques peuvent atteindre un facteur 10 sur certains minéraux comme le magnésium ou le calcium : il vaut la peine d’examiner attentivement les nutriments réellement présents dans une formule.

Chaque micronutriment dont le corps humain a besoin joue un rôle physiologique précis, reconnu par l’EFSA. Les vitamines du groupe B jouent un rôle central dans le métabolisme normal : la thiamine (souvent apportée sous forme de mononitrate de thiamine), la biotine et l’acide pantothénique (sous forme de pantothénate de calcium) contribuent à un métabolisme énergétique normal et au fonctionnement normal du système nerveux. La vitamine C et le zinc contribuent au fonctionnement normal du système immunitaire et au soutien des défenses naturelles. La vitamine E, sous forme de tocophérol, aide à protéger les cellules du stress oxydatif, tandis que le bêta-carotène est un précurseur de la vitamine A. Le calcium et la vitamine D — cette dernière essentielle à l’absorption du calcium — contribuent au maintien d’une ossature normale et à la santé osseuse, le magnésium participe à une fonction musculaire normale et peut aider à réduire la fatigue, et l’ensemble aide à soutenir la vitalité au quotidien. Certaines formules ajoutent des acides gras oméga-3 issus d’une huile de poisson, un extrait riche en EPA et DHA.

Différence avec un complément mono-nutriment

Le mono-nutriment cible une carence documentée à dose corrective élevée, alors qu’une formule complète vise une couverture de base. La distinction est clinique : un patient avec une vitamine D sérique inférieure à 50 nmol/L nécessite 800 à 2 000 UI/jour de cholécalciférol isolé, dose introuvable dans une formule généraliste. Inversement, un complément permet de compenser des écarts modestes répartis sur plusieurs micronutriments sans s’orienter vers une carence unique.

Section 02

Quels bienfaits sont réellement documentés ?

Au-delà des promesses marketing, la réalité scientifique est nuancée. Chez une personne déjà bien nourrie, un complément n’est pas une assurance santé miracle ; ses bénéfices les mieux établis concernent la cognition après 65 ans et une réduction modeste du cancer total chez l’homme.

Personne sereine évoquant le bien-être et la vitalité dans une lumière naturelle
Les bénéfices d’un complément dépendent du profil et de la durée d’usage.

Cognition chez les 65 ans et plus

La supplémentation quotidienne pendant trois ans ralentit le déclin cognitif global chez les adultes de 65 ans et plus, soit l’équivalent de 1,8 année gagnée. Ce résultat provient de l’essai randomisé COSMOS-Mind (suivi sur trois ans), publié dans Alzheimer’s & Dementia3. Une analyse compilant trois sous-études COSMOS10, dont le volet COSMOS-Web2, confirme un bénéfice sur la cognition globale et la mémoire épisodique, plus marqué chez les personnes ayant des antécédents cardiovasculaires. L’effet reste toutefois conditionné à un usage de plusieurs années consécutives.

Cancer total : réduction modeste chez l’homme

L’essai américain Physicians’ Health Study II, mené auprès de près de 15 000 médecins de 50 ans et plus et suivi pendant plus de dix ans, a observé une réduction modeste mais réelle — de l’ordre de 8 % — du nombre total de cancers dans le groupe supplémenté par rapport au placebo1. En revanche, aucun effet n’a été constaté sur les cancers de la prostate, du côlon, du poumon ou de la vessie, ni sur la mortalité par cancer.

Effets non démontrés : mortalité, cardiovasculaire, fatigue

À l’inverse, les grandes synthèses d’études ne montrent aucun effet du complément sur l’espérance de vie : en cumulant plusieurs dizaines de milliers de participants, le risque de décès reste inchangé8, 9. Côté cœur, une analyse regroupant plus de deux millions de personnes ne retrouve aucun bénéfice cardiovasculaire clair5 ; les associations favorables observées dans certaines grandes cohortes restent très modestes11. La grande revue 2021 du Journal of the American College of Cardiology conclut explicitement à l’absence d’effet préventif des multivitamines, de la vitamine D, du calcium et de la vitamine C sur les accidents cardiovasculaires majeurs4. Pour aller plus loin, nous détaillons ce que les études établissent vraiment comme avantages.

L’essentiel : les bénéfices d’un complément sont réels mais ciblés — cognition après 65 ans, prévention modeste du cancer chez l’homme — et ne concernent pas la mortalité globale d’un adulte bien portant.
Section 03

Dosage, moment de prise et durée d’une cure

Une formule adulte standard apporte entre 50 % et 200 % des apports journaliers de référence (AJR) pour chaque nutriment inclus. Au-delà de 200 % des AJR, les doses sortent du domaine nutritionnel et entrent dans une logique pharmacologique qui justifie un avis médical.

Complément multivitaminé et verre d'eau près d'un petit-déjeuner sain
Une prise au repas favorise l’absorption des vitamines liposolubles.

Le dosage standard d’une multivitamine

L’OSAV a publié en 2022 les valeurs nutritionnelles de référence pour la Suisse, alignées sur celles de l’EFSA. Pour un adulte de 18 à 65 ans, les références sont notamment de 80 mg/jour pour la vitamine C, 15 µg pour la vitamine D, 700 à 900 µg ER pour la vitamine A, 2,5 µg pour la vitamine B12 et 330 mg pour le magnésium. Le dosage précis dépend de l’âge, du sexe et du statut physiologique.

Le meilleur moment pour la prendre

Au cours d’un repas contenant des lipides, idéalement le matin ou à midi. Les vitamines liposolubles A, D, E et K nécessitent la présence de graisses alimentaires pour être absorbées via les chylomicrons intestinaux ; une prise à jeun divise leur biodisponibilité par un facteur 2 à 3. La prise matinale synchronise par ailleurs l’apport en vitamines B avec le métabolisme énergétique de la journée et évite l’effet stimulant que certaines vitamines B à dose élevée peuvent exercer sur le sommeil. Notre guide précise le moment de prise le mieux adapté à votre rythme.

Quelle que soit la forme — comprimé (souvent un comprimé par jour), gélule, capsule, comprimé effervescent à dissoudre dans un verre d’eau, ou gomme à mâcher —, l’essentiel est de l’avaler au cours d’un repas, par exemple au petit-déjeuner, et de respecter la posologie indiquée afin d’apporter chaque nutriment en quantité suffisante, sans dépasser l’apport quotidien recommandé.

Durée d’une cure et fréquence d’usage

Une cure standard dure de 1 à 3 mois, renouvelable une à deux fois par an selon les besoins identifiés. L’usage quotidien continu n’est justifié que pour des profils à apports déficitaires démontrés ou à besoins majorés (grossesse, maladie chronique, post-bariatrique). En dehors de ces cas, alterner périodes de prise et fenêtres de pause permet de réévaluer l’utilité réelle de la supplémentation et de prévenir une accumulation excessive de vitamines liposolubles.

Bon réflexe : pour les multivitamines contenant du fer, éviter la prise concomitante de thé, café ou laitages — les tanins et le calcium réduisent l’absorption du fer non héminique de 40 à 60 %. Espacer ces boissons d’au moins une heure de la prise.
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Risques, surdosage et contre-indications

Bien dosé, un complément est généralement sûr, mais il n’est pas anodin. Le risque concerne surtout les vitamines liposolubles (A, D, E, K) et certains minéraux (fer, sélénium, zinc), qui s’accumulent dans l’organisme et dont le surdosage chronique peut devenir dangereux.

À doses normales, les effets indésirables restent rares ; mais une consommation excessive peut provoquer des nausées, des maux d’estomac ou une diarrhée passagère, et augmenter le risque d’effets plus sérieux à très forte dose ; le respect de la dose recommandée reste la meilleure prévention.

Limites supérieures de sécurité fixées par l’EFSA

L’EFSA a actualisé en 2024 les limites supérieures de sécurité (UL) de plusieurs nutriments. Pour la vitamine A préformée, l’UL est maintenu à 3 000 µg ER/jour chez l’adulte, en raison de la tératogénicité et du risque hépatique au-delà. Pour le fer, l’EFSA n’a pas pu fixer de UL et a retenu un niveau de sécurité de 40 mg/jour chez l’adulte (apport total) : l’absence de selles noires, signe de fer non absorbé, a été observée jusqu’à 20-25 mg/jour de fer supplémentaire. La vitamine D possède un UL de 100 µg/jour (4 000 UI), au-delà duquel le risque d’hypercalcémie devient significatif.

Apports journaliers de référence (AJR, règlement UE 1169/2011) et limites supérieures de sécurité (UL, EFSA, adulte). « non établie » = aucun seuil numérique fixé. * magnésium : UL pour les apports issus de compléments. ** fer : niveau de sécurité EFSA (aucune UL formelle), apport total.
NutrimentAJRLimite EFSA (UL)
Vitamine A800 µg3 000 µg
Vitamine D5 µg100 µg
Vitamine E12 mg300 mg
Vitamine C80 mgnon établie
Vitamine B61,4 mg12 mg
Folate (B9)200 µg1 000 µg
Vitamine B122,5 µgnon établie
Calcium800 mg2 500 mg
Magnésium375 mg250 mg*
Fer14 mg40 mg**
Zinc10 mg25 mg
Iode150 µg600 µg
Sélénium55 µg255 µg

Vitamines liposolubles et stockage hépatique

Les vitamines A, D, E et K s’accumulent dans le foie et le tissu adipeux, ce qui rend leur surdosage chronique plus dangereux que celui des vitamines hydrosolubles. Un excès de vitamine A préformée peut provoquer hépatotoxicité, hypercalcémie, atteinte osseuse et, chez la femme enceinte, des malformations fœtales. Cumuler plusieurs compléments contenant les mêmes vitamines liposolubles — multivitamine, huile de foie de morue, vitamine D isolée — expose à un dépassement silencieux de l’UL. Une exploration détaillée des risques d’un surdosage et des profils à surveiller est nécessaire avant toute prise prolongée.

Interactions médicamenteuses fréquentes

La vitamine K antagonise l’effet des anticoagulants antivitamine K (warfarine, acénocoumarol) — une variation brutale d’apport peut déstabiliser l’INR. Le calcium et le magnésium réduisent l’absorption des antibiotiques de la famille des tétracyclines et des quinolones. La vitamine B6 à dose élevée diminue l’efficacité de la lévodopa dans la maladie de Parkinson. Toute personne sous traitement chronique doit signaler la prise d’un complément à son médecin ou son pharmacien.

À éviter : une supplémentation chronique en vitamine B6 au-delà de 12 mg/jour est associée à un risque de neuropathie périphérique sensitive, parfois irréversible au-delà de 100 mg/jour pendant plusieurs mois. Certaines multivitamines orientées « énergie » contiennent jusqu’à 25 mg de B6 par dose journalière : lire l’étiquette.
Section 05

Comment choisir une multivitamine

Cinq critères permettent d’évaluer la qualité d’un complément : la conformité OASM, la couverture en micronutriments d’intérêt à dose nutritionnelle, l’usage de formes biodisponibles, l’absence d’excipients problématiques et la transparence sur l’origine des matières premières.

Flacons et gélules de compléments multivitaminés présentés en lumière naturelle
Formes chimiques, dosages et informations de l’étiquette font la différence.

Critères d’une formule de qualité

Privilégiez les formes biodisponibles : méthylfolate plutôt qu’acide folique synthétique, méthylcobalamine plutôt que cyanocobalamine, bisglycinate plutôt qu’oxyde pour les minéraux. Vérifiez l’absence de dioxyde de titane et d’arômes artificiels, ainsi que la conformité à l’ordonnance fédérale OASM. Notre méthode détaille chaque point pour identifier la formule qui correspond à votre profil.

Lecture de l’étiquette nutritionnelle

L’étiquette doit afficher la quantité absolue (en mg ou µg) de chaque nutriment et le pourcentage d’AJR correspondant. Selon l’OASM, un nutriment doit être présent à hauteur d’au moins 15 % de l’apport journalier admissible pour figurer sur l’étiquette. Pourtant, une étude lausannoise (Marques-Vidal et al., 2014) sur 245 multivitamines vendues en Suisse a révélé que 32,7 % des produits affichaient un apport en magnésium inférieur à ce seuil, 26,1 % pour le cuivre et 22,6 % pour le calcium7. Cette non-conformité fréquente rend la lecture critique de l’étiquette indispensable.

Vitamine B9

Forme à privilégier

Méthylfolate (L-5-MTHF) plutôt qu’acide folique synthétique à dose élevée.

Vitamine B12

Forme à privilégier

Méthylcobalamine plutôt que cyanocobalamine.

Magnésium

Forme à privilégier

Bisglycinate ou citrate ; éviter l’oxyde (biodisponibilité < 4 %).

Vitamine D

Forme à privilégier

Cholécalciférol (D3) plutôt qu’ergocalciférol (D2).

Vérifiez aussi ce que contient réellement la formule et sa tolérance : un produit sans lactose ni gluten, idéalement de fabrication suisse (swiss made), limite les mauvaises surprises. En cas de doute, face à une carence en vitamine avérée, à un régime alimentaire restrictif ou à des suivis médicaux, mieux vaut consulter un professionnel de santé.

Pièges marketing à identifier

Quatre signaux alertent sur une formule médiocre : la mention « apporte 100 % des AJR » alors que les minéraux sont absents ou en traces, les allégations thérapeutiques non autorisées par l’EFSA (« guérit la fatigue », « renforce les défenses »), l’absence d’indication de la forme chimique précise, et les formules « tout-en-un » dépassant 30 ingrédients qui sacrifient les dosages individuels au profit du volume marketing.

Section 06

Pour quels profils la supplémentation est-elle utile ?

Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre. Quatre situations principales présentent un bénéfice clinique documenté : la grossesse, l’avancée en âge, les régimes restrictifs et certains états pathologiques.

Femmes enceintes ou en désir de grossesse

L’USPSTF (grade A) et l’OMS recommandent la prise quotidienne de 400 à 800 µg d’acide folique au moins un mois avant la conception et durant le premier trimestre. Cette dose réduit le risque d’anomalies de fermeture du tube neural, qui touchent environ 1 grossesse sur 1 000 en l’absence de supplémentation6. Une formule prénatale apporte aussi du fer (besoins majorés de 30 %), de l’iode (150 µg/jour selon l’OSAV) et de la vitamine D. La vitamine A préformée doit être limitée à 1 500 µg ER/jour pendant la grossesse.

65 ans et plus

Le bénéfice cognitif documenté par les essais COSMOS justifie une supplémentation quotidienne après 65 ans, particulièrement chez les personnes ayant des antécédents cardiovasculaires3. À cet âge, l’absorption digestive de la vitamine B12 diminue de 30 à 40 % et la synthèse cutanée de vitamine D chute de 50 % entre 20 et 70 ans à exposition solaire équivalente : l’OSAV recommande explicitement une supplémentation en vitamine D pour les personnes de 60 ans et plus, surtout entre octobre et mars.

Régimes restrictifs et états pathologiques

Trois profils présentent un bénéfice clinique documenté : les végétaliens (vitamine B12 obligatoirement supplémentée, déficit fréquent en fer, zinc, oméga-3), les personnes post-chirurgie bariatrique (malabsorption durable nécessitant une supplémentation à vie) et les patients sous traitement de longue durée affectant l’absorption (inhibiteurs de la pompe à protons, metformine, antiépileptiques, méthotrexate). Les sportifs de haut niveau et les personnes en convalescence représentent des indications transitoires et ciblées.

Section 07

Réglementation suisse des multivitamines

L’ordonnance OASM (RS 817.022.32) constitue la base légale fédérale : elle fixe la liste des vitamines et minéraux autorisés, les formes chimiques admises et les quantités minimales et maximales pour chaque nutriment.

L’OASM, cadre légal fédéral

L’ordonnance du DFI sur l’adjonction de vitamines, de sels minéraux et de certaines autres substances aux denrées alimentaires (OASM, RS 817.022.32, état 1er juillet 2020) encadre la composition des compléments. L’OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) en est l’autorité de contrôle. Un produit importé d’un pays tiers et non conforme à l’OASM ne peut pas être commercialisé légalement en Suisse, même s’il est autorisé dans son pays d’origine.

Non-conformités constatées sur le marché suisse

Une analyse exhaustive publiée par Marques-Vidal et collaborateurs en 2014 dans BMC Complementary and Alternative Medicine a recensé toutes les multivitamines commercialisées en Suisse contenant au moins 10 composants. Plusieurs ne respectaient pas la règle des 15 % d’apport journalier admissible exigée pour afficher un nutriment sur l’étiquette7. Cette non-conformité concerne principalement les minéraux dont le volume nécessaire excède la capacité physique d’une gélule unique. Privilégiez les références dont la composition est explicitement conforme à l’OASM 2020.

Allégations de santé et cadre EFSA

Les allégations de santé portées par un complément en Suisse suivent le règlement européen 1924/2006 transposé par l’OSAV. Seules les allégations validées par l’EFSA peuvent figurer sur l’étiquette : « la vitamine C contribue à la formation normale de collagène », « le magnésium contribue à réduire la fatigue », par exemple. Toute formulation thérapeutique (« traite », « guérit », « prévient ») est interdite et constitue une infraction à la loi suisse sur les denrées alimentaires (LDAl, art. 18 — tromperie).

À retenir

Résumé

L’essentiel à mémoriser sur la supplémentation, ses bénéfices documentés et ses limites.

✅ Ce qui est documenté

  • Cognition : ralentissement équivalent à 1,8 année après 65 ans (COSMOS-Mind)
  • Cancer total chez l’homme : réduction modeste de 8 % (PHS II)
  • Grossesse : l’acide folique (400-800 µg) réduit le risque d’anomalies du tube neural
  • Carences documentées et régimes restrictifs : bénéfice clinique réel

🎯 Ce qui n’est pas démontré

  • Aucun effet démontré sur la mortalité toutes causes
  • Aucun effet sur les événements cardiovasculaires majeurs
  • Effet sur la fatigue limité à la correction d’une carence avérée
  • Un complément complète l’alimentation, il ne la remplace pas

📌 Principes de sécurité

  • Respecter les limites EFSA : 3 000 µg ER/jour (vitamine A), 100 µg/jour (vitamine D), 40 mg/jour (fer)
  • Prendre au repas pour absorber les vitamines liposolubles (A, D, E, K)
  • Ne jamais cumuler plusieurs compléments contenant les mêmes nutriments
  • Vérifier la conformité OASM et les formes biodisponibles sur l’étiquette
  • Signaler la prise à son médecin en cas de traitement chronique
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FAQ

Questions fréquentes sur la multivitamine

Est-il bon de prendre une multivitamine tous les jours ?
Pour un adulte en bonne santé avec une alimentation équilibrée, l’utilité quotidienne est faible. Les méta-analyses sur plus de 600 000 participants ne montrent pas d’effet sur la mortalité cardiovasculaire. Le bénéfice apparaît plus net chez des profils spécifiques : femmes en âge de procréer (folates), seniors de 65 ans et plus (cognition, étude COSMOS-Mind sur 2 262 adultes), personnes avec apports déficitaires documentés. En l’absence de carence avérée ou de profil à risque, l’effet préventif global reste modeste.
Quelle est la différence entre une multivitamine et un complément mono-nutriment ?
La multivitamine combine 10 à 30 micronutriments à doses proches des apports journaliers de référence. Un complément mono-nutriment cible un seul micronutriment à dose souvent thérapeutique. La multivitamine convient à une couverture large à dose nutritionnelle ; le mono-nutriment cible une carence documentée (vitamine D, fer, B12) à dose corrective. L’OSAV recommande explicitement la supplémentation ciblée en vitamine D pour les enfants jusqu’à 3 ans, les seniors de 60 ans et plus, et les femmes enceintes ou allaitantes.
Une multivitamine peut-elle remplacer une alimentation équilibrée ?
Non, en aucun cas. Les micronutriments isolés n’apportent ni fibres, ni protéines, ni acides gras essentiels, ni polyphénols, qui modulent l’absorption et l’action des vitamines. L’OSAV souligne qu’un complément alimentaire ne peut pallier les lacunes d’une alimentation déséquilibrée. La multivitamine est un appoint, pas un substitut : elle comble des écarts ponctuels mais ne reproduit ni la matrice alimentaire ni la synergie nutritionnelle d’un repas réel.
Quand faut-il prendre sa multivitamine pour une absorption optimale ?
Au cours d’un repas contenant des lipides, de préférence le matin ou à midi. Les vitamines liposolubles (A, D, E, K) nécessitent la présence de graisses alimentaires pour être absorbées via les chylomicrons intestinaux. La prise du matin évite par ailleurs les interférences avec le sommeil que peuvent provoquer certaines vitamines B à dose élevée. Pour les formules contenant du fer, éviter la prise concomitante de thé, café ou produits laitiers qui réduisent significativement son absorption.
Quelle multivitamine choisir pendant la grossesse ?
Une formule prénatale apportant 400 à 800 µg d’acide folique par jour, à débuter au moins un mois avant la conception. L’USPSTF (recommandation de grade A) et l’OMS confirment que cette dose réduit le risque d’anomalies de fermeture du tube neural, qui touchent environ 1 grossesse sur 1 000. La formule prénatale apporte aussi du fer (besoins majorés de 30 %), de l’iode (150 µg) et de la vitamine D. Éviter impérativement les doses élevées de vitamine A préformée : la limite supérieure de sécurité EFSA est de 3 000 µg ER/jour, tératogène au-delà.
Quels sont les risques d’un surdosage en multivitamine ?
Le risque concerne principalement les vitamines liposolubles (A, D, E, K) et certains minéraux (fer, sélénium, zinc), qui s’accumulent dans l’organisme. L’EFSA fixe la limite supérieure de sécurité de la vitamine A préformée à 3 000 µg ER/jour (tératogénicité et atteinte hépatique au-delà) et celle du fer à 40 mg/jour (niveau de sécurité). Les vitamines hydrosolubles (B, C) sont mieux tolérées mais une supplémentation chronique en B6 au-delà de 12 mg/jour est associée à des neuropathies périphériques. Ne jamais cumuler plusieurs compléments contenant les mêmes nutriments.
La multivitamine est-elle efficace contre la fatigue ?
Uniquement quand la fatigue résulte d’une carence documentée. Les vitamines du groupe B (B1, B2, B6, B9, B12) participent au métabolisme énergétique cellulaire, ce qui justifie une allégation de santé EFSA autorisée. Sans carence biologique mesurée, l’effet sur la fatigue ressentie est modeste et largement attribué à l’effet placebo dans les essais contrôlés. Une prise de sang évaluant ferritine, vitamine D, B12 et folates est plus utile qu’une multivitamine empirique pour traiter une fatigue persistante.
Existe-t-il une réglementation suisse sur la composition des multivitamines ?
Oui, l’OASM (ordonnance du DFI sur l’adjonction de vitamines et minéraux, RS 817.022.32) fixe les quantités minimales et maximales autorisées. Une étude lausannoise publiée en 2014 a toutefois révélé que plusieurs multivitamines vendues en Suisse ne respectaient pas ces seuils : pour certains minéraux comme le magnésium, 32,7 % des produits apportaient moins de 15 % de l’apport journalier admissible. Vérifier l’étiquette nutritionnelle et privilégier les références conformes à l’OASM 2020.
Références

Sources et références

Études cliniques et revues scientifiques

1 Gaziano JM, et al. Multivitamins in the Prevention of Cancer in Men (Physicians’ Health Study II). JAMA. 2012. → lien
2 Yeung LK, et al. Multivitamin Supplementation Improves Memory in Older Adults (COSMOS-Web). Am J Clin Nutr. 2023. → lien
3 Baker LD, et al. Effects of cocoa extract and a multivitamin on cognitive function (COSMOS-Mind). Alzheimer’s & Dementia. 2023. → DOI
4 Jenkins DJA, et al. Supplemental Vitamins and Minerals for Cardiovascular Disease Prevention and Treatment (JACC Focus Seminar). J Am Coll Cardiol. 2021. → DOI
5 Kim J, et al. Association of Multivitamin and Mineral Supplementation and Risk of Cardiovascular Disease. Circ Cardiovasc Qual Outcomes. 2018. → DOI
6 U.S. Preventive Services Task Force. Folic Acid for the Prevention of Neural Tube Defects : Preventive Medication (Grade A). USPSTF. 2023. → lien
7 Marques-Vidal P, et al. Multivitamins/multiminerals in Switzerland : not as good as it seems. BMC Complement Altern Med. 2014. → PMC
8 Loftfield E, et al. Multivitamin Use and Mortality Risk in 3 Prospective US Cohorts. JAMA Netw Open. 2024. → DOI
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10 Vyas CM, et al. Effect of multivitamin-mineral supplementation versus placebo on cognitive function (COSMOS, méta-analyse). Am J Clin Nutr. 2024. → DOI
11 Che B, et al. Multivitamin/mineral supplementation and the risk of cardiovascular disease (UK Biobank). Eur J Nutr. 2022. → DOI

Réglementation et organismes

EFSA Panel on Nutrition, Novel Foods and Food Allergens. Tolerable upper intake levels (avis 2024) : vitamine A et bêta-carotène, fer. EFSA Journal. 2024. → DOI 8814 · → DOI 8819
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