Compléments alimentaires : impact sur la santé cardiaque

Quel est l’impact des compléments alimentaires sur la santé cardiovasculaire ?

Résumé immédiat

Pour la population générale, les compléments alimentaires n’apportent pas de protection cardiovasculaire démontrée ; les recommandations européennes de cardiologie 2025, pilotées par le HUG, les classent même comme à éviter.

Faits clés

Recommandations ESC/EAS 2025 Document piloté par le HUG. Classe les compléments alimentaires comme à éviter pour la protection cardiovasculaire.
Oméga-3 Acides gras EPA et DHA. Modeste réduction du risque d’infarctus à dose pharmaceutique, mais arythmies à forte dose.
Levure de riz rouge Source naturelle de monacoline K. Effet proche d’une statine, encadrée par l’UE depuis juin 2022 (max 3 mg/jour).
OSAV Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire. Surveille les apports et les dépassements de limites tolérables.

Points essentiels

  • Près d’un Suisse sur trois prend au moins un complément alimentaire, selon le Bulletin nutritionnel suisse 2023 de l’OSAV.
  • Les recommandations européennes de cardiologie publiées en 2025 et pilotées par le Pr François Mach (HUG) classent les compléments alimentaires comme à éviter pour la protection cardiovasculaire.
  • Les oméga-3 sur ordonnance réduisent d’environ 16 % le risque d’infarctus chez les patients à très haut risque, mais augmentent le risque d’arythmie au-delà de 1 800 mg par jour.
  • La levure de riz rouge abaisse le cholestérol LDL de 15 à 34 % à dose non encadrée, mais provoque les mêmes effets indésirables qu’une statine pharmaceutique.
Supplément alimentaire en gélule rouge déposé devant un modèle anatomique de cœur humain
Compléments alimentaires et santé cardiovasculaire : que disent vraiment les études scientifiques récentes ?

Les maladies cardiovasculaires causent environ 20 000 décès par an en Suisse, soit la première cause de mortalité du pays selon la Fondation Suisse de Cardiologie. Face à ce constat, beaucoup cherchent à protéger leur cœur avec un complément alimentaire — oméga-3, vitamine D, levure de riz rouge, coenzyme Q10. Mais que disent vraiment les études scientifiques récentes ? Cet article s’inscrit dans le guide complet sur les bienfaits prouvés des compléments et fait le point, étude après étude, sur ce que la cardiologie suisse et internationale recommande aujourd’hui.

Que disent les études récentes sur les compléments et le cœur ?

Les compléments protègent-ils vraiment le cœur en population générale ?

Non, aucun bénéfice cardiovasculaire n’est démontré pour la population générale en bonne santé. Les grandes méta-analyses récentes ne montrent pas de baisse de la mortalité cardiaque ni des infarctus chez les adultes en prévention primaire, qu’il s’agisse de produits multivitaminés, d’antioxydants, de gélules ou de comprimés d’oméga-3 issus de l’alimentation. Une analyse de 12 essais cliniques randomisés portant sur 99 830 participants[3], publiée par Dong et collègues en 2024, ne montre un bénéfice qu’à dose pharmaceutique chez les patients à haut risque déjà identifiés — ceux qui cumulent plusieurs facteurs de risque comme l’hypertension artérielle, le diabète ou un taux sanguin de cholestérol élevé. Pour la population générale, les bénéfices restent statistiquement non significatifs[3], et un mode de vie sain associant alimentation équilibrée et activité physique régulière reste le levier principal pour maintenir une bonne santé cardiaque.

Que disent les recommandations européennes 2025 pilotées par le HUG ?

Elles classent les compléments alimentaires comme à éviter pour protéger le cœur. Le document publié dans l’European Heart Journal en novembre 2025[1], piloté par le Pr François Mach, médecin-chef de cardiologie aux Hôpitaux universitaires de Genève, attribue une recommandation négative aux compléments alimentaires contenant des vitamines, à la levure de riz rouge et aux phytostérols pour la prévention cardiovasculaire, qu’ils soient présentés en flacon, en gélule ou sous forme d’extrait végétal. Le Pr Mach résume la position dans le communiqué officiel des HUG[2] : il ne faut pas compter sur ces produits pour protéger son cœur ni pour réduire le cholestérol de façon fiable. Cette réponse fait désormais consensus chez les cardiologues européens, qui renvoient le lecteur vers un avis médical avant tout traitement.

Quels compléments montrent un bénéfice cardiovasculaire ?

Les oméga-3 réduisent-ils vraiment le risque d’infarctus ?

Oui, mais uniquement à dose pharmaceutique chez des patients à haut risque. La méta-analyse de Dong et collègues publiée dans Nutrition Journal en 2024 montre une réduction d’environ 16 % du risque d’infarctus du myocarde[3] et de 9 % de la mortalité d’origine cardiaque[3] chez les patients qui prennent des acides gras oméga-3 sur ordonnance. Une seconde méta-analyse publiée la même année par Dinu et collègues, portant sur 134 144 participants, retrouve un signal similaire avec une baisse d’environ 10 % des actes de revascularisation coronarienne[4]. Ces résultats portent sur des doses élevées d’EPA purifié et de DHA, prescrites en complément des statines, jamais sur les capsules d’huile de poisson de supermarché à 500 mg ni sur les versions végétales à base d’huile de lin ou d’huile de colza. Pour la population générale, l’apport via deux portions de poisson gras par semaine, des aliments riches en oméga-3 et un peu d’huile d’olive reste l’option recommandée par la Fondation Suisse de Cardiologie[10] pour maintenir une fonction cardiaque normale.

20 000 décès cardiovasculaires par an en Suisse. La Fondation Suisse de Cardiologie estime que 80 % de ces décès seraient évitables avec une prévention adaptée — alimentation, activité physique, contrôle de la tension et du cholestérol. Source : Fondation Suisse de Cardiologie, données 2024

La levure de riz rouge abaisse-t-elle vraiment le cholestérol ?

Oui, et de manière comparable à une statine pharmaceutique à faible dose. La synthèse publiée par Cicero et collègues dans Nutrients en 2023 indique une baisse des taux sanguins de cholestérol LDL de 15 à 34 % par rapport au placebo[6], selon la dose de monacoline K administrée. Cette molécule active, présente dans le complément alimentaire à base de riz rouge fermenté, est chimiquement identique à la lovastatine, un médicament[6]. C’est précisément pour cette raison que l’Union européenne interdit depuis juin 2022 les produits contenant 3 mg ou plus de monacolines par dose journalière. Les effets secondaires sont les mêmes que ceux des statines : douleurs musculaires, perturbations hépatiques, interactions médicamenteuses qui imposent l’avis d’un professionnel de la santé avant toute prise.

Quels compléments présentent des risques pour le cœur ?

Les oméga-3 à forte dose peuvent-ils déclencher des arythmies ?

Oui, et le risque augmente proportionnellement avec la dose. La méta-analyse de Gencer et collègues publiée dans Circulation en 2021, dirigée depuis le service de cardiologie des HUG, a synthétisé sept essais cliniques portant sur 81 210 patients : à environ 1 000 mg par jour, le risque de fibrillation auriculaire augmente d’environ 12 %[12] ; au-delà de 1 g par jour, il grimpe d’environ 49 %[12]. Une revue de 2024 par O’Keefe et collègues propose un mécanisme : les acides gras oméga modulent le tonus vagal du système nerveux autonome[5], ce qui peut prolonger les périodes réfractaires auriculaires mais aussi favoriser les déclencheurs d’arythmie chez certaines personnes, notamment celles exposées au stress oxydatif ou à un terrain inflammatoire chronique. La recommandation européenne 2025 plafonne désormais l’oméga-3 prescrit à 4 g par jour[1], sous surveillance cardiologique, afin de préserver le rôle protecteur du nutriment sans dégrader le fonctionnement normal du muscle cardiaque.

Quelles vitamines en surdosage peuvent endommager le cœur ?

Les vitamines liposolubles A, D et E concentrent l’essentiel du risque. À très forte dose, la vitamine D peut favoriser une calcification artérielle qui rigidifie les vaisseaux sanguins ; la vitamine A peut provoquer une toxicité hépatique avec retentissement vasculaire ; la vitamine E à plus de 400 UI par jour est associée à une légère hausse de la mortalité toutes causes selon plusieurs méta-analyses. D’autres minéraux comme le potassium, ou des micronutriments comme l’acide folique et la vitamine B12, peuvent aussi déséquilibrer le système cardiovasculaire en cas de surdosage, particulièrement en présence d’une maladie rénale préexistante. Le Bulletin nutritionnel suisse 2023 de l’OSAV documente plusieurs dépassements des apports maximaux tolérables chez des consommateurs suisses[9], notamment via des associations de plusieurs produits contenant les mêmes vitamines, ce qui justifie de consulter un professionnel avant de cumuler les prises.

Comment protéger réellement son cœur en Suisse ?

Quelle est la stratégie validée par les cardiologues suisses ?

La Fondation Suisse de Cardiologie[10] résume la stratégie en cinq leviers : alimentation équilibrée d’inspiration méditerranéenne, activité physique régulière (150 minutes par semaine d’intensité modérée, sport d’endurance et renforcement musculaire combinés), éviter le tabac, contrôle de la pression artérielle et contrôle du cholestérol. Cette approche associe la limitation de la viande rouge, la consommation d’aliments bons pour le cœur — huile d’olive, poissons gras, légumes riches en potassium, ail noir, vigne rouge — et le maintien d’un poids santé pour améliorer la circulation sanguine et réduire la pression sanguine. Cette stratégie réduirait jusqu’à 80 % des décès cardiovasculaires évitables[10], selon les estimations de la Fondation. Aucun complément alimentaire ne figure dans cette liste de premier rang. À l’intérieur de cette approche alimentaire, certains aliments riches en flavanols comme le cacao noir non sucré ou le thé vert ont un effet modeste documenté sur la tension, avec une baisse moyenne de 2 à 3 mmHg de la systolique en bureau[8], et jusqu’à environ 6 mmHg chez les personnes hypertendues selon la méta-analyse de Lagou et collègues publiée en 2025[8]. Le Pr Nicolas Rodondi, médecin-chef à l’Hôpital de l’Île à Berne, rappelle dans Planète Santé[11] que les apports alimentaires en oméga-3, calcium et vitamine D suffisent à couvrir les besoins de la majorité des adultes en bonne santé.

Quelle place pour les compléments dans cette stratégie ?

Une place secondaire, et uniquement sur indication médicale. Pour les patients à très haut risque cardiovasculaire, les oméga-3 sous forme prescrite peuvent être ajoutés au traitement par statines, sous surveillance cardiologique. Pour les patients sous statines présentant une intolérance aux molécules pharmaceutiques, la levure de riz rouge à très faible dose peut être discutée avec un médecin. Pour les patients diagnostiqués d’une insuffisance cardiaque, certaines études comme la méta-analyse de Xu et collègues publiée en 2024 suggèrent un bénéfice potentiel de la coenzyme Q10[7] sur la fonction cardiaque, mais cette décision reste réservée au cardiologue qui adaptera la réponse au profil du patient. En dehors de ces indications précises, aucun complément alimentaire n’est recommandé en première intention pour la santé cardiaque. Le conseil d’un médecin reste indispensable avant toute auto-supplémentation, particulièrement en cas d’antécédent cardiovasculaire, de grossesse, ou de prise d’un médicament qui pourrait interagir avec les principes actifs.

Questions fréquentes sur compléments et santé du cœur

Les cardiologues recommandent-ils des compléments alimentaires pour le cœur ?

Non, pas pour la population générale. Les recommandations européennes de cardiologie publiées en 2025 et pilotées par le HUG attribuent une recommandation négative aux compléments alimentaires pour la protection cardiovasculaire[1]. Le Pr François Mach, premier auteur du document, rappelle qu’il ne faut pas compter sur ces suppléments pour protéger son cœur[2]. Une exception existe : les oméga-3 sur ordonnance peuvent être prescrits chez certains patients à très haut risque cardiovasculaire[3].

Quelles vitamines peuvent endommager le cœur en cas de surdosage ?

Les vitamines A, D et E, prises en excès, peuvent avoir des conséquences cardiovasculaires. Ce sont des vitamines liposolubles qui s’accumulent dans l’organisme : à très haute dose, la vitamine D peut favoriser une calcification artérielle, et un excès de potassium ou de vitamine B6 peut perturber le rythme cardiaque. L’OSAV a recensé plusieurs cas de dépassement des apports maximaux tolérables chez des consommateurs suisses dans son Bulletin nutritionnel 2023[9]. Les vitamines hydrosolubles comme la vitamine C sont éliminées dans les urines et présentent moins de risque de surdosage.

Quels compléments peuvent provoquer des palpitations cardiaques ?

Les principaux suspects sont la caféine concentrée, les oméga-3 à très forte dose et les complexes énergisants. La caféine au-delà de 400 mg par jour peut déclencher des palpitations chez les sujets sensibles ; les oméga-3 à 1 800-4 000 mg par jour sont associés à un risque accru de fibrillation auriculaire selon la méta-analyse de Gencer et collègues publiée en 2021 dans Circulation[12], dirigée depuis Genève. Toute palpitation persistante ou inhabituelle justifie un avis médical sans délai, particulièrement en cas d’antécédent cardiovasculaire ou de prise de médicament.

La levure de riz rouge est-elle dangereuse pour le cœur ?

Pas systématiquement, mais elle est désormais encadrée en Europe. Elle contient des monacolines proches d’une statine pharmaceutique[6] : à dose élevée, elle peut provoquer des douleurs musculaires ou des perturbations du foie, comme les statines. Depuis juin 2022, l’Union européenne interdit les compléments contenant 3 mg ou plus de monacolines par dose journalière. Les recommandations européennes de cardiologie publiées en 2025 la classent comme à éviter pour la protection cardiovasculaire[1], même à dose plus faible.

Quelles plantes sont utilisées pour la santé du cœur ?

L’ail, l’aubépine, l’olivier et certains flavonoïdes (cacao, thé vert) sont les plus étudiés. Ils peuvent légèrement abaisser la tension artérielle ou améliorer la fonction des vaisseaux sanguins. La méta-analyse de Lagou et collègues publiée en 2025 sur les flavanols montre une baisse modérée d’environ 3 mmHg de la tension chez les personnes ayant une tension élevée[8]. Aucune de ces plantes ne remplace un traitement prescrit en cas d’hypertension ou de maladie cardiaque avérée — elles peuvent soutenir, jamais soigner.

Sources et références

12 sources
  1. Mach F, et al. 2025 Focused Update of the 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias — European Heart Journal, vol. 46, n° 42, p. 4359-4378, 2025
  2. Hôpitaux universitaires de Genève — Excès de cholestérol : la cardiologie suisse pilote les nouvelles recommandations internationales — Communiqué officiel HUG, 2025
  3. Dong S, et al. Effects of omega-3 polyunsaturated fatty acid prescription drug on cardiovascular events — Nutrition Journal, vol. 23, art. 157, 2024 — méta-analyse, 12 essais, 99 830 participants
  4. Dinu M, et al. Effects of omega-3 supplementation on cardiovascular events and revascularization — European Journal of Preventive Cardiology, vol. 31, n° 15, p. 1863-1875, 2024 — 134 144 participants
  5. O’Keefe EL, et al. Omega-3 fatty acids and atrial fibrillation: a complex relationship — Progress in Cardiovascular Diseases, vol. 91, p. 3-9, 2024
  6. Cicero AFG, et al. Red yeast rice for the improvement of lipid profiles in mild-to-moderate hypercholesterolemia — Nutrients, vol. 15, n° 10, art. 2288, 2023
  7. Xu J, et al. Effect of coenzyme Q10 supplementation on patients with heart failure: a meta-analysis — BMC Cardiovascular Disorders, vol. 24, art. 592, 2024 — 33 ECR
  8. Lagou V, et al. Flavan-3-ols and blood pressure : an updated meta-analysis — European Journal of Preventive Cardiology, vol. 32, n° 14, p. 1322-1334, 2025
  9. OSAV — Bulletin nutritionnel suisse 2023 — Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, Berne, 2023
  10. Fondation Suisse de Cardiologie — Une alimentation saine pour le cœur — Swissheart, données de mortalité cardiovasculaire en Suisse, 2024
  11. Planète Santé — Prendre soin de son cœur avec des produits naturels — Pr Nicolas Rodondi, Hôpital de l’Île, Berne, 2024
  12. Gencer B, et al. Effect of long-term marine omega-3 fatty acids supplementation on the risk of atrial fibrillation — Circulation, vol. 144, n° 25, p. 1981-1990, 2021 — méta-analyse, 7 essais, 81 210 patients ; signal dose-dépendant ; recherche dirigée depuis les HUG

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