Substances interdites en complément alimentaire en Suisse

Quelles substances sont interdites dans les compléments alimentaires en Suisse ?

Résumé immédiat

Neuf substances sont interdites ou restreintes dans les compléments alimentaires en Suisse, dont le DNP, la DMAA, la DHEA, la mélatonine, la levure de riz rouge et le E171, sur la base de l’OCAl, de l’OASM, de l’ODAlOV et de la loi sur les produits thérapeutiques.

Faits clés

OSAV Office fédéral de la sécurité alimentaire qui définit les substances interdites en complément alimentaire.
Annexe 4 OASM Liste des substances interdites d’ajout aux denrées alimentaires (RS 817.022.32).
Annexe 1 ODAlOV Listes A et B des plantes et parties de plantes dont l’usage alimentaire est interdit.
Swissmedic Autorité du médicament qui classe certaines substances hormonales sous régime d’ordonnance.

Points essentiels

  • Le DNP, la DMAA, la levure de riz rouge et le séné figurent sur la liste OSAV des substances interdites en compléments alimentaires.
  • La DHEA et la mélatonine ne sont pas interdites par l’annexe 4 OASM mais classées comme médicaments soumis à ordonnance par Swissmedic.
  • Le dioxyde de titane (E171) est interdit en Suisse depuis le 15 mars 2022, transposition de la décision européenne fondée sur l’avis EFSA 2021.
  • La douane suisse a saisi 7 841 envois de médicaments et produits dopants en 2025, contre 6 755 en 2024 (Office fédéral de la douane).
  • Une campagne nationale de l’Association des chimistes cantonaux a contrôlé 127 compléments achetés en ligne en 2024 : 89 % ont vu leur vente interdite.
Capsules de complément alimentaire et document réglementaire OSAV symbolisant les substances interdites en Suisse
Les substances interdites en complément alimentaire suisse relèvent de plusieurs ordonnances fédérales et de l’autorité du médicament Swissmedic.

L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires recense au moins neuf substances spécifiquement interdites ou restreintes dans les compléments alimentaires vendus en Suisse. Dans l’univers du complément alimentaire, la réglementation suisse des compléments alimentaires distingue trois régimes juridiques distincts qui se croisent : substances interdites par l’annexe 4 OASM, plantes prohibées par l’ODAlOV, et molécules classées comme médicaments par Swissmedic. Cette tripartition explique pourquoi un produit légal en France ou aux États-Unis peut être saisi à la frontière suisse.

Quelles substances sont concrètement interdites en complément alimentaire ?

Quelles substances chimiques de synthèse sont prohibées ?

Quatre substances chimiques de synthèse sont strictement interdites dans les compléments alimentaires suisses : le 2,4-dinitrophénol (DNP), la diméthylhexanamine (DMAA), les SARMs et l’ibutamoren (MK-677).[1] Ces composés relèvent de la liste des ingrédients interdits par l’annexe 4 OASM ou de la liste des substances dopantes annexée à l’ordonnance sur l’encouragement du sport (OESp). Le DNP est un produit chimique industriel qui provoque des intoxications graves potentiellement mortelles, dont le profil toxicologique reste préoccupant ; l’OSAV déconseille toute consommation, sous toutes les formes, et précise ces informations dans une lettre d’information dédiée.[1] La DMAA, stimulant utilisé pour amaigrir ou améliorer les performances sportives, figure sur la liste des produits dopants en raison de ses effets cardiovasculaires sévères. Les SARMs (modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes) et le MK-677, sécrétagogue d’hormone de croissance, sont la nouvelle génération de molécules prisées dans certains milieux sportifs amateurs : Swiss Sport Integrity les a particulièrement signalés dans son rapport 2025 pour leurs risques cardiaques, hépatiques et psychiatriques.[2]

Quelles substances hormonales et plantes sont prohibées ?

Quatre catégories supplémentaires complètent la liste des interdictions : la DHEA et la mélatonine relèvent du régime médicament (ordonnance obligatoire),[4] la levure de riz rouge et le séné sont interdits comme aliments,[1] et l’acide aristolochique, d’origine végétale, figure sur la liste A des plantes interdites de l’annexe 1 ODAlOV.[3] La mélatonine est uniquement autorisée comme médicament sur ordonnance en Suisse, sous forme de comprimés à libération prolongée Circadin® et génériques, disponible pour les patients de 55 ans et plus.[4] La DHEA suit la même logique : un seul médicament autorisé par Swissmedic, sous forme d’ovules vaginaux. La levure de riz rouge (Monascus purpureus), produit de fermentation du riz par une moisissure microscopique du genre Monascus, a fait l’objet d’une annonce conjointe Swissmedic/OSAV du 12 mars 2014 déclarant sa commercialisation illicite, avant d’être inscrite formellement à l’annexe 4 OASM lors de la révision du droit alimentaire entrée en vigueur le 1er mai 2017 ; sa monacoline K agit comme une statine et peut entraîner atteintes hépatiques et musculaires. Swissmedic a confirmé dans sa fiche du 15 janvier 2026 que sa commercialisation reste illicite, comme denrée alimentaire et comme médicament.[5] Le dioxyde de titane (E171), additif colorant blanc parfois contenant des nanoparticules, complète cet inventaire avec une interdiction effective depuis le 15 mars 2022.[6]

Sur quelle base légale ces interdictions reposent-elles ?

Que disent l’OCAl, l’annexe 4 OASM et l’ODAlOV ?

Trois ordonnances fédérales structurent la législation suisse encadrant les substances en complément alimentaire. L’article 2 alinéa 4 de l’ordonnance du DFI sur les compléments alimentaires (OCAl, RS 817.022.14) renvoie à l’annexe 4 de l’OASM et déclare expressément interdites les substances qui y figurent.[7] L’article 3 de l’ODAlOV interdit l’utilisation alimentaire des plantes listées en annexe 1. L’annexe 4 OASM regroupe les substances pharmacologiquement actives ou toxicologiquement préoccupantes — DNP, DMAA, levure de riz rouge, sénosides notamment.[8] L’annexe 1 ODAlOV liste deux catégories : la liste A regroupe les plantes interdites en raison de leur toxicité, la liste B celles soumises à restrictions strictes, par opposition aux ingrédients autorisés sous conditions précises.[3] Ces listes sont qualifiées de non exhaustives par l’OSAV : une substance non listée, qu’il s’agisse d’une vitamine, de minéraux, d’une algue ou d’un autre extrait, peut tout de même être contestée si elle correspond à une nouvelle sorte de denrée alimentaire (« novel food ») ou si elle a un effet pharmacologique selon les critères légaux fixés par Swissmedic.

Tableau des substances interdites en complément alimentaire en Suisse avec leur base légale et l’autorité compétente
Substance Base légale Régime juridique Autorité
2,4-DNPAnnexe 4 OASM (RS 817.022.32)Substance interditeOSAV
DMAAAnnexe 4 OASM + OESpInterdite et dopageOSAV + SSI
SARMs / MK-677LPTh + OESpMédicament et dopageSwissmedic + SSI
DHEAOESp + LPThMédicament sur ordonnanceSwissmedic + SSI
MélatonineLPTh — médicament cat. BMédicament sur ordonnanceSwissmedic
Levure de riz rougeAnnexe 4 OASMSubstance interditeOSAV
Séné (fruits, feuilles)Annexe 1 ODAlOV liste APlante interditeOSAV
AristolochesAnnexe 1 ODAlOV liste APlante interditeOSAV
Dioxyde de titane (E171)Ordonnance sur les additifsAdditif retiréOSAV

En quoi les régimes denrée alimentaire et médicament se croisent-ils ?

La frontière entre complément alimentaire et médicament détermine l’autorité compétente lors de la mise sur le marché. L’OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) gère les denrées alimentaires, Swissmedic gère les médicaments et les dispositifs médicaux. Une substance peut basculer du second régime au premier dès lors qu’elle exerce un effet pharmacologique ou thérapeutique selon la définition de la loi sur les produits thérapeutiques (LPTh, RS 812.21).[9] Cette dualité explique le statut particulier de la mélatonine et de la DHEA : aucune des deux ne figure à l’annexe 4 OASM, pourtant aucune ne peut entrer dans la composition d’un complément alimentaire suisse vendu sur le marché. Leur régime de médicament soumis à autorisation de mise sur le marché, via une procédure d’autorisation Swissmedic distincte, et à ordonnance les exclut de fait du champ alimentaire.[4] À cela s’ajoute, pour la DHEA et la DMAA, l’ordonnance sur l’encouragement du sport (OESp) qui qualifie ces substances de produits dopants : l’importation est alors prohibée sans aucune franchise quantitative, y compris pour les non-sportifs, qu’il s’agisse d’un usuel achat en ligne ou d’un envoi entre particuliers.[2]

Combien de produits interdits sont saisis chaque année en Suisse ?

7 841 envois de médicaments et produits dopants saisis en 2025 par la douane suisse, contre 6 755 en 2024 — soit une hausse de 16 % en un an. Source : Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF)

Que disent les chiffres 2024-2025 de l’OFDF, Swissmedic et Swiss Sport Integrity ?

Les trois autorités convergent vers un même constat : les saisies augmentent. Swissmedic a reçu 6 647 signalements d’envois en 2025, dont 12 % concernaient des hormones (mélatonine incluse), contre 4 % en 2024 — un triplement en douze mois.[10] Swiss Sport Integrity rapporte 1 282 saisies de produits dopants en 2025, après un recul inédit en 2024.[2] L’Association des chimistes cantonaux de Suisse a mené en 2024 une enquête nationale de contrôle ciblant 127 compléments alimentaires achetés sur des boutiques en ligne suisses et liechtensteinoises ; la vente a été interdite pour 89 % des échantillons en raison d’ingrédients prohibés ou soumis à autorisation.[11] Cette proportion donne la mesure du risque pour le consommateur qui achète sans vérifier la conformité du fournisseur, et souligne l’importance de consulter un professionnel de santé avant tout achat.

Risque pénal pour le consommateur

L’importation d’un produit dopant interdit est saisie par la douane sans franchise quantitative. Le destinataire paie les frais de destruction et s’expose à une plainte pénale en vertu de la loi sur l’encouragement du sport, indépendamment de toute pratique sportive.

Quelles substances émergentes sont les plus saisies ?

Trois familles dominent les dernières saisies : les inducteurs d’érection (41 % des envois Swissmedic 2025), les médicaments contre la chute des cheveux (19 %, contre 4 % en 2024) et les hormones dont la mélatonine (12 %).[10] Près de 40 % des envois illégaux saisis en 2025 provenaient d’Europe de l’Ouest, principalement de France et d’Allemagne — la part en provenance de l’Europe de l’Est et de l’Inde diminuant fortement depuis quatre ans.[10] Les SARMs et l’ibutamoren (MK-677) connaissent une diffusion accélérée via les médias sociaux, où ils sont promus comme alternatives anti-âge ou stimulants de récupération.[2] Le Conseil fédéral prévoit de renforcer le contrôle du commerce en ligne en exigeant un point de contact suisse pour les boutiques opérant en .ch, afin que tout site marchand puisse répondre à une demande des autorités.[12]

Foire aux questions

Le dioxyde de titane (E171) est-il interdit dans les compléments alimentaires en Suisse ?

Oui, depuis le 15 mars 2022. L’OSAV a transposé l’interdiction européenne après que l’EFSA a conclu en mai 2021 qu’un dommage génotoxique ne pouvait plus être exclu. Un délai transitoire courait jusqu’au 15 septembre 2022 pour épuiser les stocks fabriqués selon l’ancien droit. L’interdiction concerne les denrées alimentaires et compléments, mais pas encore les médicaments à ce jour.

Le 5-HTP est-il autorisé en Suisse comme complément alimentaire ?

Non, le 5-hydroxytryptophane n’est pas autorisé comme ingrédient de complément alimentaire en Suisse. Précurseur de la sérotonine extrait de Griffonia simplicifolia, il a un effet pharmacologique qui le classe sous régime médicament selon Swissmedic. Seules les préparations magistrales sur ordonnance médicale sont accessibles. L’importation pour usage personnel est limitée à un mois de traitement avec ordonnance valide.

La levure de riz rouge est interdite en Suisse mais autorisée en France : pourquoi cette différence ?

L’annonce conjointe Swissmedic/OSAV du 12 mars 2014 a déclaré la commercialisation de Monascus purpureus illicite, avant son inscription formelle à l’annexe 4 OASM lors de la révision du droit alimentaire entrée en vigueur le 1er mai 2017. Sa monacoline K agit comme une statine et peut provoquer des atteintes hépatiques et musculaires documentées. La France maintient une autorisation sous restriction européenne avec une dose journalière strictement inférieure à 3 mg de monacolines totales (règlement UE 2022/860). Swissmedic confirme dans sa version du 15 janvier 2026 que la commercialisation reste illicite côté suisse, comme denrée alimentaire et comme médicament.

Comment savoir si une plante est sur la liste OSAV des plantes interdites ?

Consulter l’annexe 1 de l’ODAlOV, qui liste les plantes et parties de plantes dont l’utilisation n’est pas admise dans les denrées alimentaires. La liste A regroupe les plantes interdites en raison de leur toxicité, la liste B celles soumises à restrictions. L’OSAV publie aussi des lettres d’information actualisées sur les botanicals à risque. Pour les substances non listées, le fabricant assume sa propre responsabilité d’autocontrôle selon la lettre d’information OSAV 2021/7.1.

La DHEA peut-elle être prescrite par un médecin en Suisse ?

Oui, mais uniquement comme médicament sur ordonnance et sous une seule forme galénique. Swissmedic autorise un médicament contenant de la DHEA, exclusivement sous forme d’ovules vaginaux, donc réservé aux femmes. Une pharmacie suisse peut aussi fabriquer une formule magistrale sur prescription médicale. L’importation à titre personnel reste interdite par la loi sur l’encouragement du sport, sans aucune franchise quantitative — y compris pour les non-sportifs.

Sources et références

12 sources
  1. OSAV — Substances interdites (DNP, DMAA, levure de riz rouge, séné) — Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, page de référence officielle
  2. Swiss Sport Integrity — Interdiction d’importation de DHEA et bilan saisies 2025 — Fondation antidopage suisse, rapport annuel 2025 (1 282 saisies)
  3. Service de la consommation Genève — Ingrédients admis ou interdits dans les compléments alimentaires — Synthèse cantonale OSAV, mise à jour 12 décembre 2025
  4. Swissmedic — Mise en garde sur les importations de mélatonine et DHEA — Institut suisse des produits thérapeutiques, statut médicament sur ordonnance
  5. Swissmedic — Levure de riz rouge, commercialisation illicite en Suisse — Document officiel mis à jour le 15 janvier 2026 (version 3.0)
  6. Confédération suisse — Interdiction du dioxyde de titane comme additif alimentaire — Communiqué officiel admin.ch du 9 mars 2022, entrée en vigueur 15 mars 2022
  7. Ordonnance du DFI sur les compléments alimentaires (OCAl) — RS 817.022.14 — Article 2 alinéa 4 — texte légal en vigueur
  8. Ordonnance du DFI sur l’adjonction de vitamines, sels minéraux et autres substances (OASM) — RS 817.022.32 — Annexe 4 : liste des substances interdites en denrées alimentaires
  9. Swissmedic et OSAV — Critères de délimitation entre produits thérapeutiques et denrées alimentaires — Aide à l’interprétation conjointe, mai 2021
  10. OFDF — Bilan des saisies de médicaments et produits dopants 2025 — Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, 7 841 envois interceptés
  11. Swiss Sport Integrity — Compléments alimentaires et campagne ACCS 2024 — Association des chimistes cantonaux : 89 % des 127 échantillons en ligne non conformes
  12. OSAV — Achat d’aliments, jouets et produits cosmétiques en ligne — Recommandations consommateurs et projet de renforcement du contrôle e-commerce

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